24 septembre 2026
Grandir entre plusieurs mondes
Je me suis sentie tout de suite chez moi dans le monde de Jordan Banks, ce collégien de 12 ans qui change d'école grâce à une bourse d'études, et qui élargit son univers à d'autres façons d'habiter le monde.
Une confidence en images
D'abord, la forme : chaque chapitre est annoncé comme une référence livresque ou cinématographique, et aux dessins de l'auteur se mêlent ceux du personnage principal. C'est comme si on entrait dans la confidence de Jordan lui-même.Sa nouvelle école se trouve dans un autre quartier que le sien, plus riche et plus blanc. Quand il croise le premier élève noir qu'il voit, il se dit : ouf, il ne sera pas seul. Mais il est très vite confronté aux différences de classe sociale : certains élèves racisés fréquentent l'école depuis la maternelle, parce que c'est leur milieu social habituel ; d'autres, comme lui, grâce à des aides financières. Une stigmatisation pèse sur les élèves boursiers, à laquelle s'ajoutent les remarques racistes.
L'invisibilisation, à tous les étages
Une des professeures de Jordan l'appelle systématiquement par le prénom d'un autre élève d'une autre classe, alors que les deux ne se ressemblent en rien. Ce mépris social, doublé d'un déni d'existence, ne touche pas que les élèves : dans un couloir, un professeur noir, M. Garner, vient de dire à Jordan qu'on le confondait avec un autre élève simplement parce qu'il était nouveau. C’est pile le moment quand un collègue l'interpelle par erreur : "Good luck this season, coach Rick !" Jordan lui demande alors s'il est nouveau, lui aussi. M. Garner répond qu'il enseigne dans cette école depuis 14 ans. L'euphémisme utilisé pour minimiser l'expérience de Jordan n'enlevait rien à l'invisibilisation que M. Garner lui-même subissait, en silence, depuis bien plus longtemps.Jordan apprend aussi que la couleur de peau ne suffit pas à créer un lien. Avec Maury, il n'a que ça en commun : pas les mêmes activités, ni les mêmes intérêts, ni le même niveau socio-économique. La preuve : Jordan croyait que le squash était un légume, alors que c'est le sport que pratique Maury. Il subit par ailleurs les stéréotypes qu'on lui colle d'office : on suppose qu'il est bon au basket, qu'il a un père absent.
La charge raciale, disséquée avec humour
Dans une conversation avec Drew, un camarade noir, Jordan finit par dire tout haut ce qu'il pense vraiment de sa nouvelle école : les aménagements sont superbes, mais on l'y fait sentir comme un intrus, sommé de justifier constamment sa présence par son intelligence, son langage, une attitude docile qu'on attend de lui, tout en subissant une justice à deux vitesses. Leurs moindres gestes sont surinterprétés et leur font porter un poids social injuste : s'ils ne sortent pas dans la cour, c'est qu'ils "ne veulent pas se mélanger" alors qu'en réalité, il faisait simplement froid. S'il y a un sujet sur l'esclavage, ils deviennent les porte-paroles de tout le monde noir. Même un mot associé aux personnes racisées dans un contexte totalement hors-sujet (les investisseurs minoritaires d'une entreprise) suffit à les viser.Drew et Jordan utilisent l'humour pour combattre cette injustice de race et de classe. Ils se montrent aussi plus inclusifs envers d'autres élèves stigmatisés pour leur différence, comme Alex, qui utilise une marionnette comme mécanisme de protection.
L'allégorie du grand-père
Lors d'un déjeuner avec son grand-père, Jordan évoque les différentes amitiés qu'il entretient : Liam, élève blanc devenu son guide d'intégration, et Drew, qui partage avec lui cette charge raciale. Il réalise que ses mondes ne se mélangent pas. Son grand-père lui apprend, par une allégorie culinaire, qu'il n'a pas à choisir entre des mondes exclusifs : il peut garder son amitié d'enfance dans son quartier tout en étant ami avec Drew et Liam ensemble.Peu à peu, les liens se resserrent. Jordan et Drew s'affranchissent un peu de leur hypervigilance en réalisant que leurs camarades apprennent réellement à les connaître : Drew reçoit des cookies en forme de ballon de basket non pas parce qu'il est noir, mais parce qu'il a un poster des Knicks dans son casier. Les préjugés de classe, eux, ne désarment pas pour autant : Maury offre à Jordan un livre censé illustrer "la vie dure" dans son quartier.
Le courage politique
Le corps enseignant non plus ne démord pas de ses biais. Cette même professeure qui ne les appelle pas par leur prénom accuse Drew d'avoir agressé Andy, un élève blanc qui harcèle tout le monde, alors qu'Andy avait simplement glissé et chuté. Jordan prend son courage à deux mains, monte sur une table, et dit tout haut l'injustice qui se joue sous ses yeux. Son geste pousse d'autres victimes d'Andy à confirmer les torts de celui-ci. Drew est finalement innocenté, et tous les élèves se mettent ensemble à nettoyer les dégâts causés par la chute d’Andy : une solidarité trouvée dans la lutte contre l'injustice.Le déni, jusqu'au bout
Le cas désespéré du livre reste cette professeure, qui ne sort jamais de son déni face à l'existence plurielle des personnes noires. Pour elle, c'est toujours "eux" le problème ; elle ne questionne jamais ses propres torts ni ses propres biais. C'est Jordan qui est vu comme en colère, dans l'attaque, jamais elle qui refuse pourtant de regarder les choses en face. C'est pour ça que la réplique de Jordan fait autant d'effet, quand il lui demande si elle se sentirait "spéciale" d'enseigner dans une école de quartier difficile. Un vrai mic drop, presque une revanche sur ces films de "white saviour" comme Dangerous Minds ou The Blind Side.Un élève nouveau
Confronté à tous ces préjugés, Jordan apprend aussi à questionner sa propre vision du monde notamment grâce à son grand-père, à Alex, la fille à la marionnette, à Ms Slate, sa professeure d'art, et à ses amis de quartier. À la fin, il n'est plus le nouvel élève : il est un élève nouveau, grandi par ses expériences, ses amitiés diverses, et l'inclusivité qu'il a lui-même montrée envers des élèves comme Alex ou même Andy.D'une certaine manière, ce livre n'est pas si loin de ce que raconte Être une femme noire en France. Il est accessible aux petits comme aux grands, et j'espère qu'il plaira à ma nièce. J'entretiens avec elle une correspondance littéraire depuis plus d'un an : on se prête des livres, on écrit nos impressions dans un carnet qu'on partage. Un peu comme dans The Sisterhood of the Traveling Pants, sauf qu'on est deux, et qu'il s'agit de livres.
22 septembre 2026
Pourquoi un bookclub, pourquoi cette thématique
Lire seul, lire ensemble
Une question a particulièrement retenu mon attention : dans l'imaginaire collectif, le geste de lire relève-t-il de faire communauté, ou d'une lecture solitaire ? Les trois intervenantes se sont retrouvées d'accord : lire reste un acte solitaire, qui se prolonge ensuite de façon collective dans le bookclub. Le livre devient alors un support de discussion, une graine qui ouvre la voie à d'autres formes de rencontre au-delà du club lui-même : reading parties, festivals, et ainsi de suite.Réseaux sociaux : outil et piège
Sur l'impact des réseaux sociaux, les avis étaient plus nuancés. Déli reconnaît leur rôle dans la croissance d'Overbookées, parti de rencontres à 7 personnes pour aujourd'hui organiser un festival annuel réunissant 1 500 personnes en 2025. Mais elle a aussi pointé le shadow ban : le positionnement antiraciste et féministe d'Overbookées aurait vu sa visibilité réduite lors de la promotion de leur festival Read & Shine 2026. Elle a également relevé un effet pervers : la course à la visibilité pouvant exercer une pression à publier toujours plus de contenu, au point de faire perdre le plaisir même de lire. Elle-même écrit aujourd'hui moins de chroniques qu'à ses débuts.Venice, elle, a défendu l'idée que les réseaux sociaux ont démocratisé l'accès aux livres, les books reviews ayant désormais un impact réel sur le succès commercial d'un livre, tout en rappelant que l'argent reste le nerf de la guerre de l'attention des lecteur·ices. Anne a raconté un basculement : ayant commencé Sapotille en présentiel, elle a réalisé que nombre de ses followers venaient des quatre coins du monde, ce qui l'a poussée à passer son bookclub en ligne. Elle garde, contrairement à Déli, un regard résolument positif sur les réseaux sociaux comme outil.
Des festivals centrés sur les lecteur·ices
Joël a fait remarquer que les festivals littéraires se recentrent de plus en plus sur les lecteur·ices plutôt que sur les livres eux-mêmes. Anne a insisté sur le sentiment d'appartenance que cela crée : lire est un acte engagé. Venice y voit une opportunité de rencontre entre auteur·ices et lecteur·ices. Elle a évoqué une difficulté concrète pour l'African Book Festival : leur volonté d'inviter des clubs de lecture basés sur le continent africain s'est heurtée aux obstacles de visa et aux discriminations vécues par ces participants dans les aéroports, ce qui les a conduits à se recentrer sur des clubs basés en Europe. Déli a ajouté que ces rencontres permettent de mettre en lumière des auteur·ices invisibilisé·es, auxquel·les les grandes maisons d'édition consacrent moins de moyens de promotion. Overbookées a par exemple déjà invité des auteur·ices autoédité·es.Un acte radical ou marginal ?
Pour clore la table ronde, Joël a posé une dernière question : lire aujourd'hui, est-ce un acte radical, ou un acte marginal ? Venice pense que le livre physique pourrait devenir marginal face au livre audio, mais que la lecture reste un acte radical, une déconnexion volontaire, dans un monde où notre attention est constamment sursollicitée. Anne a rejoint cette idée : lire est un acte radical dans une société productiviste et frénétique, mais la marginalité touche surtout les auteur·ices afrodescendant·es. Elle a conclu sur une note d'espoir, portée par la prolifération des bookclubs.Ma question
Quand le micro est passé dans le public, j'ai levé la main pour leur demander, à toustes les quatre : comment font-iels pour tenir ? Qu'est-ce qui leur donne envie de continuer ?Anne a parlé de la passion de lire et de l'enthousiasme des lecteur·ices, des plus novices aux plus voraces, des plus timides aux plus loquaces. Venice a insisté sur la puissance du lien créé entre lecteur·ices, qui revigore les organisateur·ices et inspire les auteur·ices à écrire davantage. Déli a souligné la solidarité entre bookclubs : Overbookées en a bénéficié pour des financements, mais aussi le jour où l'association s'est retrouvée confrontée, pour la première fois, à des menaces de violence visant ses membres et les auteur·ices invité·es à ses événements. Joël, en conclusion, a dit s'appuyer sur sa personnalité optimiste et sur ce qu'il a appelé la pratique de la radical black joy.
Décidément, ce colloque commençait fort.
Ce que j'en retiens
Je suis sortie de cette première table ronde en me sentant vue, comprise, inspirée et revigorée pour kumalafọlọ. Tellement d'idées se sont mises à tourner dans ma tête sur ce que ce cercle de lectures pourrait devenir. Je reviendrai, dans de prochains articles, sur les trois autres tables rondes de la journée.14 septembre 2026
Une place remplie d'étoiles
Parmi la foule, j'ai reconnu plusieurs personnalités engagées pour ces causes, dont Joris Lechêne, formateur en anti-racisme et décolonialité qui parle depuis des années de son identité noire, queer et neurodivergente ; Jake Tunde (Jacob-Elijah Kpodehoun), créateur de contenu qui partage sans détour son vécu d'homme trans et noir ; et Les Gawas, Megan et Imaan, ce couple qui raconte ouvertement leur histoire d'amour entre christianisme et islam. Les voir là, parmi nous plutôt que sur un écran, ajoutait encore à la force du moment.
11 septembre 2026
Combien de fois faut-il mourir pour enfin s’autoriser à vivre ?
J'ai découvert Black Cake par la série éponyme, sortie en 2023, un vrai coup de cœur. À force d'en parler à ma copine Aurore, elle a fini par me dire un jour : pourquoi ne pas lire le livre ? Peut-être qu'il répondrait aux questions qui me restaient en suspens. Sacrée Aurore, elle avait raison.Une fois le livre choisi pour l’édition Lectures de vacances, une appréhension m'a saisie : et si je n'arrivais pas à me défaire des visages de la série ? Les premières pages ont effectivement fait défiler ces images familières, mais les petites différences de scénario m'ont vite aidée à laisser la série derrière moi. Je comptais savourer ce livre lentement, au fil des longues journées d'août. J'ai mis une semaine à lire les dix premières pages, et deux jours pour engloutir tout le reste. Impossible de le poser.
L'histoire
Ce que ce livre m'a laissé
Ce roman a mis des mots sur des sentiments et des pensées que je portais déjà, autour de l'exil comme moyen de survie. Covey, Bert, Byron, Benny, Mathilda, toustes partent pour exister, et se retrouvent pourtant enfermé·es dans le mutisme et l'incompréhension. Même Byron, qui ne part jamais, reste prisonnier des attentes de sa famille, de la société, de sa propre lecture du monde. C'est en affrontant sa propre réalité, en déliant les langues, en se rapprochant les un·es des autres, qu'on revit enfin tel qu'on est vraiment, sans fard, ni fardeau.Au fond, ce gâteau noir, c'est un peu la petite Covey dans la cuisine de son enfance, entourée de Mathilda et Pearl, d'amour et de communion, de nostalgie et de reconnexion.
Après cette lecture, j'ai pris le temps d'appeler plusieurs membres de ma famille. Pour leur dire qu'ils me manquent.
09 août 2026
Une matinée en kayak sur le canal de l'Ourcq.
Le grand saut
La dame de l'accueil et les deux moniteurs étaient adorables. J'avais une petite appréhension avant de monter car ma jambe se remet encore d'une fracture multiple, et l'équilibre n'était pas garanti d'avance. Comme pour confirmer mes craintes, un participant est tombé à l'eau juste devant nous, pendant qu'on nous distribuait les gilets de sauvetage. Le moniteur m'a montré comment m'installer en stabilisant le kayak avec la pagaie, comment m'asseoir sans basculer, comment pagayer efficacement.
J'avais déjà fait du kayak plusieurs fois, en Côte d'Ivoire, mais dans des embarcations plus longues et plus larges. Celui d'hier, plus petit, m'a permis de mieux sentir la répartition de mon poids sur le bassin, d'ajuster mon assise jusqu'à trouver une vraie stabilité. Une belle surprise, vu l'appréhension du départ.
Quand la ville disparaît
Après quelques centaines de mètres, le bruit de Paris s'est effacé, complètement recouvert par la nature. Des arbres hauts et verdoyants, des berges chargées de myrtilles, mûres et framboises. Curieuse, j'ai demandé à d'autres kayakistes qui rentraient si les fruits étaient comestibles, réponse unanime : délicieux.
Ce qui m'a le plus marquée, c'est la gentillesse des gens croisés en chemin. Qu'on soit en kayak ou en train de marcher sur les berges, chaque "bonjour" trouvait une réponse souriante. Ma cousine et moi avons pris tout notre temps, la pagaie n'avait rien de difficile, une fois la posture trouvée.
Un tronc d'arbre et beaucoup d'imagination
Ce qu'on se raconte, une fois qu'on rame
Des sujets lourds, portés légèrement, au rythme de la pagaie.
Et pour finir, un pique-nique
Retour à la base, puis un pique-nique généreux : salade avocat-tomate d'un côté, salade de fonio façon taboulé de l'autre, mangue et fondant au chocolat pour clore en beauté.
Une matinée simple, loin du bruit, pleine de rires et de vraies conversations, exactement ce que "Lectures de vacances" appelait de ses vœux.
04 août 2026
Dix monologues, une libération.
Un ancien collègue m'a raconté un jour qu'il avait arrêté de dire "c'est parti, mon kiki !" à sa fille de trois ans, le jour où elle lui a répondu : "c'est parti, ma foufoune !" Ce mot, taquin et culotté à la fois, résume à lui seul l'esprit du dernier livre de Léonora Miano.Les aventures de la foufoune se déploie en dix monologues. J'ai traîné des pieds pour le finir, pas par manque d'envie, mais parce que je ne voulais pas que ça s'arrête. Mes chapitres préférés : "la foufoune des premiers temps", "la foufoune amoureuse mais voilà", "la foufoune au doigt mouillé", "la foufoune révolutionnaire", et "la foufoune not so in love ces jours-ci".
Ce roman délie les langues. Il parle sans détour de plaisir, de désir, de vulve et refuse qu'on range ces mots-là dans le tiroir de la pudeur. Léonora Miano les place au centre du débat, au même rang que le pouvoir, la race, le patriarcat : pas un sujet qu'on chuchote, mais une matière politique à part entière. Le premier des monologues réécrit carrément le mythe de la création : une déesse qui se donne du plaisir seule, et dont la jouissance fait naître fleuves, rivières et lacs : la vie elle-même, née du plaisir féminin plutôt que d'une figure masculine. Difficile de faire plus audacieux comme point de départ.
Ce livre m'a renvoyée à ma propre vie : les choix que j'ai faits, les pressions que j'ai laissées derrière moi en choisissant de vivre loin des miens, et celles, différentes, que j'ai trouvées ici à la place. Il m'a rappelé que chaque décision prise jusqu'ici, je l'ai prise pour moi. Pour mon estime, pour ma liberté. C'est mon cadeau ultime à moi-même : vivre pour moi, pas pour ma famille, pas pour le travail, pas pour la société.
Il y a un passage qui résume bien ce que ce livre m'a fait ressentir : l’autrice y décrit le sexe féminin non pas seulement comme un organe, mais comme un morceau d'âme, une part de puissance, et l'un des manches du gouvernail qui dirige son propre vaisseau. C'est exactement cette image que je garde : diriger sa propre vie, sans attendre la permission de personne.
Le plaisir sans de date de péremption
Et j'ai enragé contre l'homme de "la foufoune révolutionnaire", celui qui pense s'en sortir en s’éloignant des luttes contre le patriarcat et le postcolonialisme, en se rapprochant des femmes d'autres groupes, notamment blanches, pendant que les femmes noires portent seules le poids du combat. Ça m'a rappelé, une fois de plus, que la femme noire est vue tout en bas de l'échelle, sommée de se taire et d'encaisser.
Un passage m'a aussi fait penser à la série Heated Rivalry : l’autrice y note que beaucoup de femmes hétérosexuelles aiment voir des hommes ensemble dans un contenu érotique, sans oser le dire à voix haute. On y voit la recherche d’une vulnérabilité partagée, une tendresse réciproque sans condescendance. Cette réflexion m'a donné envie d'aller plus loin, et j'ai ajouté The Sex Lives of African Women de Nana Darkoa Sekyiamah à ma liste de lecture. C’est une autrice féministe ghanéenne qui recueille, sans filtre, les récits intimes de femmes africaines sur le sexe, le désir et la liberté.
C'est pour ça que le dernier chapitre m'a redonné du souffle. Léonora Miano y écrit que pour celles que l'Histoire a mutilées, l'amour de soi est la seule vraie réparation. Se trouver belle en tant que femme noire, grosse, aux cheveux crépus ; avoir le cran de dire non, ou de partir ; vivre sa vie comme on l'entend, jusqu'à en mourir heureuse d'avoir aimé et joui librement. C'est ça la liberté, c'est ça le bonheur. Comme l'écrit Léonora Miano : "Je mourrai heureuse d'avoir vécu libre, d'avoir donné et pris du plaisir."
Ce livre a renforcé la permission que je me donne de vivre librement, à ma façon. Une lecture qui donne envie, une fois refermée, de se demander à son tour : qu'est-ce que je m'autorise vraiment ?
24 juillet 2026
18 juillet 2026
Dès l'entrée, le ton était donné : un patio baigné de lumière sous un plafond de verre, une bibliothèque de livres et de vinyles juste à côté. Le Blabla-Kawa a démarré à 15h, autour d'une grande table noire qui m'a rappelé un puzzle reconstitué. Ce jour-là, nous étions uniquement entre femmes : près d'une dizaine de participantes et cinq membres de l'équipe MansA. Mah-Fanta, médiatrice et programmatrice, a ouvert la discussion par un tour de table : un geste simple, mais qui a immédiatement humanisé chacune d'entre nous avant même de parler du lieu.
Puis, belle surprise, la directrice Elisabeth Gomis nous a rejoint. Elle a retracé son parcours depuis son enfance aux Mureaux jusqu'à aujourd'hui : sa carrière dans l'audiovisuel, puis à Radio Nova, la Saison Africa2020 pour atterrir, enfin, à la tête de la MansA. Quand une participante lui a fait remarquer qu'elle racontait tout ça avec une légèreté déconcertante, elle a souri : non, le chemin n'a pas été simple. L'idée même de la MansA, elle nous l'a rappelé, ne vient pas d'elle à l'origine. C'est le philosophe et historien camerounais Achille Mbembe qui, dans un rapport remis à Emmanuel Macron en 2021, a préconisé la création d'un centre culturel dédié aux mondes africains, sur le modèle de l'Institut du Monde Arabe.
Ce qui lui procure le plus de plaisir aujourd'hui, à elle, c'est la liberté de travailler avec une équipe qu'elle a choisie elle-même. Les grands diplômes ne font pas tout, dit-elle, elle cherche ce qui détonne, ce qui fait vibrer et se démarquer, et le trouve souvent dans la rubrique "centres d'intérêt" des CV, chez les personnes qui savent faire des choses en dehors du cadre de leurs études. Et puis j'ai posé la question que j'attendais depuis le début : d'où vient le nom MansA ? La réponse est belle. Un hommage à Mansa Moussa, souverain de l'empire du Mali, et à Basquiat, d'où le M en forme de couronne. Le passé et le présent, réunis, pour donner à chacun·e la possibilité de porter la sienne.
J'ai parlé de kumalafọlọ, entrevu de belles pistes de collaboration, et je suis repartie avec la certitude d'être tombée sur un lieu qui porte, sincèrement, les mêmes valeurs que notre cercle : liberté, partage, et la conviction que les cultures africaines méritent d'être racontées avec exigence et sans complexe.
Longue vie à la MansA !
📍 MansA, Maison des Mondes Africains, Paris 10e














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