14 septembre 2026
Une place remplie d'étoiles
Parmi la foule, j'ai reconnu plusieurs personnalités engagées pour ces causes, dont Joris Lechêne, formateur en anti-racisme et décolonialité qui parle depuis des années de son identité noire, queer et neurodivergente ; Jake Tunde (Jacob-Elijah Kpodehoun), créateur de contenu qui partage sans détour son vécu d'homme trans et noir ; et Les Gawas, Megan et Imaan, ce couple qui raconte ouvertement leur histoire d'amour entre christianisme et islam. Les voir là, parmi nous plutôt que sur un écran, ajoutait encore à la force du moment.
11 septembre 2026
Combien de fois faut-il mourir pour enfin s’autoriser à vivre ?
J'ai découvert Black Cake par la série éponyme, sortie en 2023, un vrai coup de cœur. À force d'en parler à ma copine Aurore, elle a fini par me dire un jour : pourquoi ne pas lire le livre ? Peut-être qu'il répondrait aux questions qui me restaient en suspens. Sacrée Aurore, elle avait raison.Une fois le livre choisi pour l’édition Lectures de vacances, une appréhension m'a saisie : et si je n'arrivais pas à me défaire des visages de la série ? Les premières pages ont effectivement fait défiler ces images familières, mais les petites différences de scénario m'ont vite aidée à laisser la série derrière moi. Je comptais savourer ce livre lentement, au fil des longues journées d'août. J'ai mis une semaine à lire les dix premières pages, et deux jours pour engloutir tout le reste. Impossible de le poser.
L'histoire
Ce que ce livre m'a laissé
Ce roman a mis des mots sur des sentiments et des pensées que je portais déjà, autour de l'exil comme moyen de survie. Covey, Bert, Byron, Benny, Mathilda, toustes partent pour exister, et se retrouvent pourtant enfermé·es dans le mutisme et l'incompréhension. Même Byron, qui ne part jamais, reste prisonnier des attentes de sa famille, de la société, de sa propre lecture du monde. C'est en affrontant sa propre réalité, en déliant les langues, en se rapprochant les un·es des autres, qu'on revit enfin tel qu'on est vraiment, sans fard, ni fardeau.Au fond, ce gâteau noir, c'est un peu la petite Covey dans la cuisine de son enfance, entourée de Mathilda et Pearl, d'amour et de communion, de nostalgie et de reconnexion.
Après cette lecture, j'ai pris le temps d'appeler plusieurs membres de ma famille. Pour leur dire qu'ils me manquent.
09 août 2026
Une matinée en kayak sur le canal de l'Ourcq.
Le grand saut
La dame de l'accueil et les deux moniteurs étaient adorables. J'avais une petite appréhension avant de monter car ma jambe se remet encore d'une fracture multiple, et l'équilibre n'était pas garanti d'avance. Comme pour confirmer mes craintes, un participant est tombé à l'eau juste devant nous, pendant qu'on nous distribuait les gilets de sauvetage. Le moniteur m'a montré comment m'installer en stabilisant le kayak avec la pagaie, comment m'asseoir sans basculer, comment pagayer efficacement.
J'avais déjà fait du kayak plusieurs fois, en Côte d'Ivoire, mais dans des embarcations plus longues et plus larges. Celui d'hier, plus petit, m'a permis de mieux sentir la répartition de mon poids sur le bassin, d'ajuster mon assise jusqu'à trouver une vraie stabilité. Une belle surprise, vu l'appréhension du départ.
Quand la ville disparaît
Après quelques centaines de mètres, le bruit de Paris s'est effacé, complètement recouvert par la nature. Des arbres hauts et verdoyants, des berges chargées de myrtilles, mûres et framboises. Curieuse, j'ai demandé à d'autres kayakistes qui rentraient si les fruits étaient comestibles, réponse unanime : délicieux.
Ce qui m'a le plus marquée, c'est la gentillesse des gens croisés en chemin. Qu'on soit en kayak ou en train de marcher sur les berges, chaque "bonjour" trouvait une réponse souriante. Ma cousine et moi avons pris tout notre temps, la pagaie n'avait rien de difficile, une fois la posture trouvée.
Un tronc d'arbre et beaucoup d'imagination
Ce qu'on se raconte, une fois qu'on rame
Des sujets lourds, portés légèrement, au rythme de la pagaie.
Et pour finir, un pique-nique
Retour à la base, puis un pique-nique généreux : salade avocat-tomate d'un côté, salade de fonio façon taboulé de l'autre, mangue et fondant au chocolat pour clore en beauté.
Une matinée simple, loin du bruit, pleine de rires et de vraies conversations, exactement ce que "Lectures de vacances" appelait de ses vœux.
04 août 2026
Dix monologues, une libération.
Un ancien collègue m'a raconté un jour qu'il avait arrêté de dire "c'est parti, mon kiki !" à sa fille de trois ans, le jour où elle lui a répondu : "c'est parti, ma foufoune !" Ce mot, taquin et culotté à la fois, résume à lui seul l'esprit du dernier livre de Léonora Miano.Les aventures de la foufoune se déploie en dix monologues. J'ai traîné des pieds pour le finir, pas par manque d'envie, mais parce que je ne voulais pas que ça s'arrête. Mes chapitres préférés : "la foufoune des premiers temps", "la foufoune amoureuse mais voilà", "la foufoune au doigt mouillé", "la foufoune révolutionnaire", et "la foufoune not so in love ces jours-ci".
Ce roman délie les langues. Il parle sans détour de plaisir, de désir, de vulve et refuse qu'on range ces mots-là dans le tiroir de la pudeur. Léonora Miano les place au centre du débat, au même rang que le pouvoir, la race, le patriarcat : pas un sujet qu'on chuchote, mais une matière politique à part entière. Le premier des monologues réécrit carrément le mythe de la création : une déesse qui se donne du plaisir seule, et dont la jouissance fait naître fleuves, rivières et lacs : la vie elle-même, née du plaisir féminin plutôt que d'une figure masculine. Difficile de faire plus audacieux comme point de départ.
Ce livre m'a renvoyée à ma propre vie : les choix que j'ai faits, les pressions que j'ai laissées derrière moi en choisissant de vivre loin des miens, et celles, différentes, que j'ai trouvées ici à la place. Il m'a rappelé que chaque décision prise jusqu'ici, je l'ai prise pour moi. Pour mon estime, pour ma liberté. C'est mon cadeau ultime à moi-même : vivre pour moi, pas pour ma famille, pas pour le travail, pas pour la société.
Il y a un passage qui résume bien ce que ce livre m'a fait ressentir : l’autrice y décrit le sexe féminin non pas seulement comme un organe, mais comme un morceau d'âme, une part de puissance, et l'un des manches du gouvernail qui dirige son propre vaisseau. C'est exactement cette image que je garde : diriger sa propre vie, sans attendre la permission de personne.
Le plaisir sans de date de péremption
Et j'ai enragé contre l'homme de "la foufoune révolutionnaire", celui qui pense s'en sortir en s’éloignant des luttes contre le patriarcat et le postcolonialisme, en se rapprochant des femmes d'autres groupes, notamment blanches, pendant que les femmes noires portent seules le poids du combat. Ça m'a rappelé, une fois de plus, que la femme noire est vue tout en bas de l'échelle, sommée de se taire et d'encaisser.
Un passage m'a aussi fait penser à la série Heated Rivalry : l’autrice y note que beaucoup de femmes hétérosexuelles aiment voir des hommes ensemble dans un contenu érotique, sans oser le dire à voix haute. On y voit la recherche d’une vulnérabilité partagée, une tendresse réciproque sans condescendance. Cette réflexion m'a donné envie d'aller plus loin, et j'ai ajouté The Sex Lives of African Women de Nana Darkoa Sekyiamah à ma liste de lecture. C’est une autrice féministe ghanéenne qui recueille, sans filtre, les récits intimes de femmes africaines sur le sexe, le désir et la liberté.
C'est pour ça que le dernier chapitre m'a redonné du souffle. Léonora Miano y écrit que pour celles que l'Histoire a mutilées, l'amour de soi est la seule vraie réparation. Se trouver belle en tant que femme noire, grosse, aux cheveux crépus ; avoir le cran de dire non, ou de partir ; vivre sa vie comme on l'entend, jusqu'à en mourir heureuse d'avoir aimé et joui librement. C'est ça la liberté, c'est ça le bonheur. Comme l'écrit Léonora Miano : "Je mourrai heureuse d'avoir vécu libre, d'avoir donné et pris du plaisir."
Ce livre a renforcé la permission que je me donne de vivre librement, à ma façon. Une lecture qui donne envie, une fois refermée, de se demander à son tour : qu'est-ce que je m'autorise vraiment ?
24 juillet 2026
18 juillet 2026
Dès l'entrée, le ton était donné : un patio baigné de lumière sous un plafond de verre, une bibliothèque de livres et de vinyles juste à côté. Le Blabla-Kawa a démarré à 15h, autour d'une grande table noire qui m'a rappelé un puzzle reconstitué. Ce jour-là, nous étions uniquement entre femmes : près d'une dizaine de participantes et cinq membres de l'équipe MansA. Mah-Fanta, médiatrice et programmatrice, a ouvert la discussion par un tour de table : un geste simple, mais qui a immédiatement humanisé chacune d'entre nous avant même de parler du lieu.
Puis, belle surprise, la directrice Elisabeth Gomis nous a rejoint. Elle a retracé son parcours depuis son enfance aux Mureaux jusqu'à aujourd'hui : sa carrière dans l'audiovisuel, puis à Radio Nova, la Saison Africa2020 pour atterrir, enfin, à la tête de la MansA. Quand une participante lui a fait remarquer qu'elle racontait tout ça avec une légèreté déconcertante, elle a souri : non, le chemin n'a pas été simple. L'idée même de la MansA, elle nous l'a rappelé, ne vient pas d'elle à l'origine. C'est le philosophe et historien camerounais Achille Mbembe qui, dans un rapport remis à Emmanuel Macron en 2021, a préconisé la création d'un centre culturel dédié aux mondes africains, sur le modèle de l'Institut du Monde Arabe.
Ce qui lui procure le plus de plaisir aujourd'hui, à elle, c'est la liberté de travailler avec une équipe qu'elle a choisie elle-même. Les grands diplômes ne font pas tout, dit-elle, elle cherche ce qui détonne, ce qui fait vibrer et se démarquer, et le trouve souvent dans la rubrique "centres d'intérêt" des CV, chez les personnes qui savent faire des choses en dehors du cadre de leurs études. Et puis j'ai posé la question que j'attendais depuis le début : d'où vient le nom MansA ? La réponse est belle. Un hommage à Mansa Moussa, souverain de l'empire du Mali, et à Basquiat, d'où le M en forme de couronne. Le passé et le présent, réunis, pour donner à chacun·e la possibilité de porter la sienne.
J'ai parlé de kumalafọlọ, entrevu de belles pistes de collaboration, et je suis repartie avec la certitude d'être tombée sur un lieu qui porte, sincèrement, les mêmes valeurs que notre cercle : liberté, partage, et la conviction que les cultures africaines méritent d'être racontées avec exigence et sans complexe.
Longue vie à la MansA !
📍 MansA, Maison des Mondes Africains, Paris 10e
12 juillet 2026
27 février 2026
19 février 2026
16 février 2026
01 mars 2022
25 janvier 2022
Paris est comme cette personne dont mes amies me disent plein de bonnes choses, après quelques sorties, je commence à l'apprécier sans me laisser convaincre pour l'instant. Continuons la découverte, histoire de prolonger la phase de séduction et se donner le temps de décider.
Cela fait maintenant deux mois et demi que j'habite ici et mon comité d'accueil inclut les longs trajets au travail, un pickpocket qui se rappellera de mes poings, des pistes cyclables comme jamais je n'en ai eu à Marseille et le soleil qui passe son temps à bouder derrière les nuages. Alors, à défaut de lever la tête vers le ciel bleu, je la plonge dans les livres que je dévore dans le métro. Durant mes derniers mois à Marseille, j'avais perdu le temps ou l'envie de lire. Et en passant de 10 min cyclistes au soleil à 50 min de métro dans la grisaille, j'en suis à mon 5e livre depuis mon arrivée ici. Some silver lining!
Je me suis lancée dans cette aventure ambigüe avec Cheikh Hamidou Kane. Arrivée au 7e ciel, mon nouveau chez moi, c'est Tierno Monenembo qui m'a souhaité la bienvenue. J'avais manqué plusieurs rendez-vous pris avec lui de longue date, mais là il m'est tombé dessus comme un coq cubain qui chante à minuit. Puis, j'ai entamé de découvrir les parisiens et leurs pas pressés avec Debout-Payé. Dans cet engouement, je me suis retrouvée au bar Le Crédit A Voyagé et l'ivresse des mots ne me quitte plus depuis. Il est clair qu'ici je suis noire et j'aime le manioc où que je sois, alors j'ai un peu de mal avec Gaston Kelman. Mais je continue la conversation quand même, car elle m'apprend d'autres façons d'être noir(e), de le vivre et d'être vu comme tel(le).
J'ai fait le pari d'élargir ma zone de confort en venant vivre à Paris. J'espère apprendre de nouvelles choses, d'autres façons de voir et refaire le monde. J'ai surtout cette impression que le meilleur est à venir et pour cela mes bras sont déjà grand ouverts.












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